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Full text of "A son eminence de la S.C. de propagande"

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I V 



STRICTEMENT RÉSERVÉ 



A SON EMINENCE 



DE LA S. C. DE PROPAGANDE 



Eminence, 



<S 



Veuillez me permettre d'ajouter quelque chose aux réflexions que j'ai déjà 
eu l'honneur de faire sur la question du diocèse des Trois-Rivières, puisque le 
Saint-Siège a nommé un nouveau Commissaire à ce sujet. 

J'ai déjà fait observer que la division de ce diocèse serait considérée au 
pays comme une injustice extrême, que je partageais moi-même cette con- 
viction, et que ce projet, appuyé sur un crime, serait un immense scandale, s'il 
était exécuté. 

En voici les raisons: 

1° Cette division blesserait injustement et très gravement les droits et la 
réputation de l'Evêque du diocèse; 

2° Elle violerait d'une manière manifeste et même éclatante les principes 
de la justice, à l'égard du clergé et des diocésains; 

3° Elle se ferait sans raison véritable et sous les plus futiles prétextes; 
4° Elle serait un désastre pour l'Eglise du Canada. 
Il est pénible do faire cette exposition, quoiqu'un impérieux devoir de cons- 
cience y oblige; mais c'est le moment d'avertir une dernière fois, avant que 
tout ne soit consommé. 



Injustice au sujet de l'Evêque. 

L'Evêque des Trois-Rivières est un vieux missionnaire, plein de mérites, 
qui a même contracté des infirmités en travaillant à la conversion des infidèles. 
Il est irrépréhensible dans ses mœurs, sa doctrine et son administration. Il est 



s 



— 2 — 

remarquable par sa science, plein de zèle pour la gloire de Dieu et le salut des 
âmes, et il est très aimé de son troupeau. Il a sauvé par des efforts et des 
travaux extraordinaires de 20 ans de durée le diocèse d'une banqueroute certaine. 

Pourquoi lui enlèverait-on, à la fin de sa carrière, les deux tiers du petit 
et pauvre diocèse qu'il a reçu du Saint-Siège sede plena, et qu'il a arraché à 
la ruine? Pourquoi le lui enlèverait-on en dehors de toutes les règles, sur les 
discours d'accusateurs qui se tiennent dans l'ombre et fuient toutes espèces 
d'enquêtes, les juridiques spécialement ! On ne peut en trouver aucune raison. 

Cette division ne peut être comprise de la population du diocèse et même 
du pays que comme une condamnation des plus graves contre l'Evêque. Cette 
condamnation imméritée, quoiqu'indirecte, porterait le plus grave préjudice à sa 
réputation. Le préjudice serait d'autant plus grand que la raison en serait in- 
connue. 

Si le Saint-Siège croit l'Evêque répréhensible, pourquoi ne fait-on pas un 
sérieux examen, une enquête, sur sa conduite et son administration? C'est ce 
que l'Evêque a toujours demandé, mais ce qui ne lui a jamais été accordé; on 
ne paraît écouter que ses adversaires. 

Mais fût-il coupable, est-ce que ce serait une raison pour diviser et détruire 
son diocèse? Il est clair que ce projet d'humilier un Evêque en frappant ses 
ouailles ne procède pas de l'amour du bien. 

Ainsi donc voici un digne Evêque qui serait privé de ses droits, de son 
honneur, de son troupeau, sans procès et sans condamnation préalable, et son 
diocèse mis en pièces uniquement à cause de lui par l'autorité suprême ! Ne 
serait-ce pas là une extrême injustice? et comment le Saint-Siège pourrait-il 
la commettre? 

L'Evêque des Trois-Rivières ne peut en conscience consentir à ce que son 
petit diocèse soit divisé, parce que le bien absolu de la religion et la justice 
envers les diocésains s'y opposent. Si on le fait, malgré lui, on blessera non- 
seulement son honneur et ses droits, mais on le mettra en danger de perdre la 
santé, peut-être la vie, à raison de la grandeur du chagrin infligé à ses ouailles 
et à lui-même. 



II. 
Injustice au sujet du diocèse. 

Le diocèse des Trois-Rivières est petit et nouveau: il a été érigé en 1852 
et déjà divisé trois fois. Il ne renferme que 75 paroisses dont la grande moitié 
sont récemment formées; il ne compte que 135,000 âmes; la plupart des dio- 
césains sont des défricheurs qui luttent contre la forêt avec toutes sortes de 
privations. Ce diocèse est facilement desservi au moyen de bonnes voies de 
communications, et par eau et par chemins de fer, venant des quatre points 
cardinaux. Les paroisses les plus éloignées préfèrent de beaucoup se rendre aux 
Trois-Rivières plutôt qu'ailleurs, parce que le voyage est plus rapide et moins 
coûteux, et aussi parce que la ville des Trois-Rivières est le centre des affaires 
civiles et commerciales de cette région. 



Voilà plus de 30 ans que le clergé et les fidèles font les plus grands sa- 
crifices pour la construction d'une cathédrale, d'un séminaire, d'un évêchè au 
centre du diocèse, lesquels ont coûté au-delà d'un million et demi de francs. 
Ils ont fait ces sacrifices de bonne foi, sur la promesse des Evêques titulaires 
qu'ils en jouiraient eux et leurs enfants, en se reposant de leurs travaux. Leur 
œuvre n'est pas encore finie que, sur la demande (['intrigants cachés et d'évêques 
étrangers au diocèse, on veut la leur enlever, et les forcer de recommencer à 
quelques pas de là et sans la moindre utilité! 

Evêque, clergé et fidèles, tous dans le diocèse sont opposés à une telle di- 
vision, moins peut-être une poignée d'intéressés soulevés par l'intrigue en ces 
derniers temps. 

Le Pape Pie IX, dans sa lettre aux Arméniens, a déclaré que les biens d'une 
église provenant des dons des fidèles devaient être employés à l'usage de cette 
même communauté chrétienne. 

Comment donc le St-Siège pourrait-il sans injustice enlever sitôt au clergé 
et aux fidèles du diocèse des Trois-Rivières, au moins pour les deux tiers d'en- 
tr'eux, malgré eux, les fruits de 30 ans de sacrifices? Et supposé, ce qui n'est 
pas, que l'Evêque fût répréhensible, est-ce que le clergé et les fidèles du diocèse 
devraient porter le poids de ses fautes, au point de perdre environ un million 
de francs de leurs contributions religieuses? 

C'est là UN POINT DES PLUS GRAVES. 

Si on fait cette division, on blessera au cœur 130,000 catholiques qui savent, 
à n'en pas douter, qu'il n'y a aucune raison d'en agir ainsi, et qu'ils sont 
victimes d'un malheureux faussaire et de honteuses intrigues. 

Il y a encore sur les constructions épiscopales, qui ne sont pas complète- 
ment finies, une dette de 200,000 francs. 

Si on partage cette dette, il faudra donc que le Sud du diocèse, après avoir 
perdu ses précieux édifices épiscopaux, paie encore 100,000 francs, avant de 
travailler à son propre avantage. 

Il faudra encore que le Nord du diocèse, qui ne se compose que d'une 
vingtaine de paroisses en état de contribuer, paie les autres cent mille (100,000) 
francs, et soutienne seul l'administration épiscopale des Trois-Rivières, alors 
que les deux parties du Nord et du Sud ensemble pouvaient à peine y suffire ! 

Qui ne voit que ce serait là une injustice criante, surtout envers une po- 
pulation généreuse, déjà chargée de toutes sortes de fardeaux pour ses églises, 
écoles et presbytères, etc. 

Il n'y aurait aucun moyen de justifier le Saint-Siège à ses yeux. 



III. 

Affaire inexplicable. 

L'Evêque des Trois-Rivières ayant reçu du Saint-Siège son diocèse sede 
plena ne peut en être dépossédé, d'après les règles de l'Eglise, que pour une 
cause des plus graves. Une église est une épouse à laquelle l'Evêque se trouve 



_ 4 — 

quasi indissolublement attaché. Cette union est symbolisée par l'anneau pastoral. 
Alors pourquoi diviser cette jeune et petite église des Trois-Rivières ? 

Si on en cherche les raisons, on n'en peut trouver une, pas une seule, selon 
l'expression de l'Honorable Premier Ministre de la Province, pas même une 
mauvaise plausible disait un juge du district. La masse entière du clergé et 
de la population du diocèse interrogée répondrait dans le même sens. 

D'abord, les raisons apportées pour la division ont été données par un 
faussaire qui demandait le secret, au point de renoncer à son projet de division 
s'il fallait qu'elles vissent la lumière. Ces prétextes sont maintenant connus, et 
on voit pourquoi ils étaient tenus dans l'ombre. A part les calomnies et les 
injures les plus gratuites contre l'Evêque et le clergé, dont on ne saurait tenir 
compte, les voici réduits à cinq articles principaux qui en forment tout l'en- 
semble et la force. 

1° L'étendue du territoire. La fausse pétition demandant la division a 
donné pour superficie totale du diocèse 24640 milles carres. Ce chiffre mis en 
face des mesurages du gouvernement civil présente une erreur de 16480 milles 
carrés! La surface totale du diocèse est de 8160 milles carrés: 5930 milles au 
Nord, 2230 m. au Sud. 

Mais dans la partie Nord il y a une très-grande étendue inhabitable et 
constituée en réserve forestière par décret du gouvernement, soit 4460 milles 
carrés. Il ne resterait donc au Nord que 1470 m. en grande partie stériles et 
incultes. C'est là ce que l'intrigue voudrait laisser à l'Evêque des Trois-Rivières, 
avec une population de 65,000 âmes réparties en 30 paroisses dont la moitié 
sont pauvres et nouvelles. 

Le faussaire avait cependant osé donner à la S. C. de la Propagande, pour 
cette seule partie du Nord, une étendue de 22,284 milles carrés de terres pro- 
pres à former un diocèse ! 

2° La difficulté de traverser le St-Laurent. 

Le fleuve St-Laurent passe à travers les trois diocèses de Québec, de Mon- 
tréal et des Trois-Rivières, mais à travers les deux premiers sur une bien plus 
grande longueur. La traversée du fleuve se fait beaucoup plus aisément aux 
Trois-Rivières, où le cours de l'eau est tranquille, qu'à Québec et à Montréal, où 
les courants sont plus rapides. 

De plus, il y a en face des Trois-Rivières une île à fleur d'eau ou batture 
d'un demi-kilomètre de largeur qui facilite singulièrement la traversée dans 
tous les temps. En hiver, un peu au dessus des Trois-Rivières, il se forme 
toujours aux premiers froids un solide et magnifique pont de glace. En été, des 
bateaux traversiers à vapeur transportent agréablement les voyageurs en 5 mi- 
nutes d'une rive à l'autre. .Un même service aura lieu aussi en hiver à l'avenir, 
lorsque le pont de glace ne se fera pas devant la ville. Jusqu'à présent la tra- 
versée, non moins sûre, se faisait dans ce temps en canots. 

3° Les revenus du diocèse. La fausse pétition a fabriqué à plaisir des re- 
venus à l'Evêché des Trois-Rivières, en additionnant les recettes des œuvres 
pies, la Propagation de la Foi, la Société de Saint François de Sales, etc. L'Evêché 
des Trois-Rivières n'a point de fondations ; il vit des revenus de la cure des 
Trois-Rivières, des bancs loués dans la cathédrale et des dons des fidèles. Il 
est même incapable de payer ses dettes sans assistance. 



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4° La division dans le clergé. 

Il n'y a pas de clergé plus uni dans toute la Province. Les prêtres se sont 
toujours vus et reçus hospitalièrement comme des frères, à la grande édification 
des fidèles. Ils ont signé en totalité une union de prière dans le Sacré-Cœur 
de J. C. en 1876. Le clergé a protesté lui-même très énergiquement en 1884 
contre cette odieuse assertion de division entre ses membres. 

5° L'existence du Séminaire de Nicolet. 

Le Séminaire de Nicolet est une institution ancienne et florissante au Sud 
du fleuve, à 10 milles des Trois-Rivières en ligne directe. Il renferme 11 prê- 
tres, et comptait en 1883 environ 280 élèves. Il n'a point de dettes, et prête 
même de l'argent à intérêt. C'est tout dire. 

Ce qui peut lui faire tort aux yeux des populations, ce sont ses sympathies 
pour une division du diocèse contre l'intérêt et la volonté générale des diocé- 
sains. Pour conserver la confiance, il n'a qu'à rester dans son rôle d'instruire 
chrétiennement la jeunesse. 

Les autres allégations sont des futilités qui ne méritent pas la moindre 
considération. 

Tels sont les tristes et mensongers prétextes mis en avant pour tromper 
la S. Congrégation, et dépouiller injustement l'Evêque et les diocésains de leurs 
droits et du fruit de leurs travaux. 

La vraie raison des efforts faits pour opérer un démembrement vient du 
dehors, et n'est pas avouable. C'est pourquoi les adversaires de l'Evêque se 
sont toujours fortement opposés aux enquêtes juridiques. Chacun sait que sous 
un autre titulaire il n'eût jamais été question de diviser le diocèse des Trois- 
Rivières. 

Le sentiment commun, même chez les ennemis de l'Eglise, attribue les 
présentes souffrances de l'Evêque à son attachement inébranlable à la justice 
et à la vérité. 



IV. 
Un désastre pour l'Eglise Canadienne. 

Cette division du diocèse des Trois-Rivières serait un désastre pour l'Eglise 
du Canada, et une profonde blessure à l'honneur du Saint-Siège. 

En effet, le pays en entier connaît ce qui vient d'être dit, et il sait que 
c'est la pure vérité. Il considérerait donc l'Evêque, le clergé et les fidèles du 
diocèse des Trois-Rivières comme excessivement maltraités dans le cas d'une 
division. Les raisons pour un tel démembrement manquant absolument, comme 
sus dit, il est évident pour tout le monde que ce diocèse, trois ou quatre fois 
moins grand, moins riche, moins populeux que les anciens diocèses de -Québec 
et de Montréal, entre lesquels il est situé, ne devrait être divisé au moins qu'après 
ses voisins, et qu'un démembrement opéré pour lui seul ne peut venir que d'une 
atroce persécution appuyée sur des expositions fausses et mensongères. 

Il ne resterait pour le diocèse des Trois-Rivières, dans le cas d'une divi- 
sion par le fleuve comme l'intrigue le demande, qu'une étroite lisière de terre 



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à demi stérile et ridicule. Ce démembrement serait la ruine palpable du diocèse, 
une affliction profonde pour les fidèles, un vrai discrédit pour la S. Cong. 

Le peuple canadien a toujours aimé et respecté le Saint-Siège comme le 
siège de la justice ; par cette division, il croirait recevoir une étrange démons- 
tration du contraire. 

De plus, l'Evèque des Trois-Rivières est universellement connu par son 
dévouement à la Sainte-Eglise et ses doctrines romaines ; il est connu par ses 
écrits et ses discours, par ses oeuvres et ses actes, entr'autres par la part qu'il 
a prise au mouvement des zouaves pontificaux canadiens. Il est regardé à juste 
titre comme le principal obstacle au flot des erreurs modernes et à l'action du 
libéralisme et de la franc-maçonnerie au Canada. Les journaux hérétiques et 
maçonniques, et surtout libéraux, n'ont cessé de l'attaquer depuis des années 
pour cette raison, et ils se montrent ardemment désireux de la division de son 
diocèse. Cent articles de presse et au delà en sont la preuve. 

Cette division serait considérée, jugée comme la condamnation de cet Evêque, 
pour sa courageuse défense des droits et des doctrines de l'Eglise, puisqu'on n'y 
pourrait trouver d'autres motifs. C'est aussi pour arriver à ce résultat précisé- 
ment que les ennemis de la religion font preuve de tant d'acharnement contre 
le vénérable Evêque des Trois-Rivières, comme autrefois contre le Saint Evê- 
que Bourget. Et c'est en cela même que la conduite de certains évêques, tra- 
vaillant à la division du diocèse, est souverainement déplorable. 

La division du diocèse des Trois-Rivières par le Saint-Siège serait donc 
sous ce rapport aussi regardée comme un grand scandale au pays; ce serait une 
autre ruine plus pénible que la première, la ruine de la défense des intérêts de 
l'Eglise au Canada par l'autorité même de Jésus-Christ. On ne veut peut-être 
pas le croire à Rome ; mais rien n'est plus certain. Les événements futurs le 
démontreront, si les avertissements donnés ne sont pas entendus. 

Le progrès effrayant du mal dans notre pays peut être apprécié par ce 
seul fait que la grande et catholique ville de Montréal vient d'élire au vote po- 
pulaire, Maire ou Premier Magistrat municipal, un homme qui se glorifiait na- 
guère d'être « franc-maçon avancé, admirateur des principes, de 89, » et qui 
dirige le plus mauvais journal de la presse franco-canadienne, H. Beaugrand. 

Que sera-ce maintenant, si le Saint-Siège frappe cruellement, sans motif lé- 
gitime connu, le premier de ses défenseurs dans la personne de l'Evèque des 
Trois-Rivières ? 

La première conséquence sera de paralyser et de décourager tous ceux 
qui luttent encore vigoureusement au Canada contre le mal ; la seconde, de 
détruire dans une proportion désastreuse la confiance qu'on avait eue jusqu'ici 
dans les décisions du Saint-Siège ; la troisième, le triomphe prochain de la 
révolution et la ruine de la foi dans ce catholique pays. 

Tel est, Eminence, le caractère injuste de cette division du diocèse et ses 
conséquences affreuses. 



Les procédés. 

Mais il y a encore quelque chose de plus pénible contre FEvêque et le 
diocèse de Trois-Rivières dans cette affaire de division: ce sont les incroyables 
procédés qui ont été employés contre tout droit et toute règle pour effec- 
tuer ce démembrement, lesquels ont tous les caractères d'une conspiration. 

L'événement a été annoncé huit ans à l'avance, par un prêtre de Québec, 
à l'Archevêque de Saint-Boniface, Mgr A. Taché ; l'origine de la procédure est 
le fruit d'un crime, et la procédure elle-même est le résultat d'iNTRiGUES in- 
dignes de la part des adversaires, et d'une déférence manifeste de la part de 
l'administration de la Propagande envers eux. 

Je ne veux aucunement incriminer les intentions des personnes, qui ont dû 
être trompées; je rapporte simplement les faits. 

1° En 1876, Mgr Laflèche, Evêque des Trois-Rivières, reçut du Pape 
Pie IX un Bref laudatif sur les efforts qu'il faisait avec plusieurs de ses Collè- 
gues pour résister à l'invasion des erreurs modernes dans le pays. Un prêtre 
de Québec tint le langage que voici à Mgr F Archevêque Taché , de St-Boniface: 

« Le Bref du Pape, dont on parle tant, ne signifie pas grand'chose. Rira 
« bien qui rira le dernier. J'en sais plus long qu'on ne croit sur ce qui se 
« passe À Rome. • L'année prochaine, nous aurons un délégué apostolique qui 
« saura mettre nos ignorants (?) Evêques canadiens à leur place, et leur faire 
« expliquer leur Pastorale. Votre ami, Mgr Laflèche, triomphe aujourd'hui, mais 
« il ne triomphera pas, quand son diocèse sera divisé, et qu'il sera réduit à 

« LA MISÈRE AVEC SES QUELQUES PAROISSES AU NORD DU FLEUVE. » « Puis, Ce 

« prêtre, dit Mgr Taché, entra dans de minutieux détails de choses qui se fe- 
« raient ou ne se feraient pas, fixant des dates, etc. etc., avec un aplomb et un 
« ton de certitude bien remarquable ». (Lettre de Mgr Taché du 19 Avril 1883). 

L'événement de la division est aujourd'hui en voie de s'exécuter, pour ne 
laisser à FEvêque des Trois-Rivières « que la misère, avec quelques paroisses 
« au Nord du fleuve ». La prophétie est exacte, et elle prend son exécution 
dans « ce qui se passe à Rome ». D'autres témoignages, qui ne sont pas cités 
ici, mais qui sont très-authentiques, éclaircissent davantage la conspiration pré- 
citée, ourdie en 1876. 

2° La pétition qui demandait la division du diocèse des Trois-Rivières et 
qui a été déposée à la S. Congrégazion de la Propagande, il y a deux ans, est 
un faux, l'acte d'un faussaire, une pièce remplie à? erreurs, de mensonges et 
de calomnies contre FEvêque et le clergé diocésain. Dans notre pays, l'auteur 
d'un pareil acte serait condamné à la prison pour une grande partie de sa vie. 
En droit, tous les actes qui découlent d'un tel document sont nuls et d'aucune 
valeur. 

C'est Mgr D. Racine, Evêque de Chicoutimi, qui, se faisant l'instrument 
d'un ou de plusieurs inconnus, a remis, vers la fin de 1882 ou au commence- 
ment de 1883, à Son Eminence le Préfet de la Propagande, cette pièce forgée 



et qui réclamait le secret. Nous avons son propre témoignage. Sa Grandeur 
ne savait probablement pas alors que c'était un faux; mais ayant lu le docu- 
ment, elle devait connaître qu'il était plein des plus graves erreurs. 

Ni l'Evèque du diocèse, ni le clergé, ni les fidèles n'ont eu alors connais- 
sance de cette pétition, qui avait été faite et présentée à leur insu absolument. 
Si quelques adhésions sont survenues ensuite, c'a été un effet de la cabale et 
une manière de couvrir le faux. 

§ 1._Procédés avant la décision du Commissaire. 

C'est sur cette pièce, sans aucune enquête, ni aucun avis aux intéressés, 
que l'Administration de la Propagande recommanda au St-Père de déclarer l'op- 
portunité de la division du diocèse des Trois-Rivières, ce qui fut fait dans un 
Rescrit du mois de février 1883. 

En agissant ainsi, Son Eminence le Préfet allait positivement non seule- 
ment contre le droit, mais contre sa propre parole et déclaration du 6 Avril 1878. 

Un prêtre intrigant, grandement discrédité d:ms le diocèse et disgracié non 
jans raison auprès de l'Evèque, avait monté une cabale en trompant des con- 
frères, pour opérer ce démembrement ruineux du diocèse. Les Evêques de la 
Province ayant refusé leur appui au projet, Son Eminence le Préfet avait dé- 
claré par écrit que la pétition présentée ne pouvait être admise sans leur recom- 
mandation. 

Mais, cette fois, il accepta la pièce forgée (circonstance qu'il ignorait sans 
doute) sur la simple présentation de l'Evèque de Chicoutimi, et procéda en 
conséquence. 

Quant au prêtre susdit, il s'agrégea au diocèse de Chicoutimi, passa deux ans 
près, à Rome, à travailler à la division du diocèse des Trois-Rivières qu'il avait 
laissé. Mgr D. Racine le lit élever à la dignité de Protonotaire Apostolique, 
mais ne le fit pas rentrer dans son diocèse. Actuellement, ce prêtre est retourné 
au diocèse des Trois-Rivières, où il exhibe ses insignes cà la stupéfaction et à 
la malédificatiun des fidèles. 

Lorsque l'Evèque des Trois-Rivières apprit de Son Eminence que le Saint- 
Siège prenait les moyens de diviser, sans examen, le petit diocèse qu'il avait 
eu tant de misères à sauver naguère de la ruine, il vint à Rome et protesta. 
Son Eminence lui répondit « qu il pouvait faire une défense, mais que son diocèse 
serait divisé ». Sa Grandeur étant allée exposer l'affaire au Souverain-Pontife, Sa 
Sainteté lui dit de la faire connaître on détail à Son Excellence le Secrétaire de la Pro- 
pagande, parce que le St-Siège ne divisait jamais les diocèses que pour le bien de 
l'Eglise. Mais celui-ci, après avoir écouté l'Evèque quelques moments, lui enjoignit, 
et en deux circonstances consécutives, de s'en retourne, immédiate ment au pays. 
Sa Grandeur en fut si affligée, qu'EUe en devint gravement malade. 

De retour à la santé, l'Evèque des Trois-Rivières demanda à connaître la 
pétition, pour y répondre, et les signatures, pour démontrer qu'elles étaient ou 
étrangères au diocèse ou fausses; car il avait la preuve que le clergé et les 
diocésains n'y avaient pas pris part. L'administration de la S. C. de la Propa- 
gande lui refusa l'une et l'autre. 

M\\ Commissaire Apostolique fut nommé pour le Canada, et l'Evèque des 



- 9 — 

Trois-Rivières reçut ordre de le suivre pour traiter la question du diocèse sur 
les lieux. 

Rendu au pays, Mgr des Trois-Rivières réclama, sans aucun effet, de la 
part du Commissaire Apostolique, la connaissance des documents qui lui étaient 
indispensables pour une légitime défense de son diocèse et de sa personne. 

Alors la divine Providence vint à son secours. Une copie véritable de la 
pétition lui fut remise par une personne inconnue. Mais l'authenticité en fut 
admise par le Commissaire Apostolique lui-même devant témoins. 

C'est alors qu'il fut reconnu et prouvé, de la manière la plus indubitable, 
que la pétition présentée par l'Evêque de Chicoutimi, Mgr D. Racine, à la Pro- 
pagande, était un faux en tout point, obrepticement et subrepticement. 

Cette pétition ne portait que le nom d'un seul signataire qui parlait au nom 
de plusieurs. Or ce signataire, alors encore vivant, M. l'abbé S. Malo, curé de 
Bécancourt, aujourd'hui défunt, a renié trois fois solennellement cette prétendue 
pétition et affirmé n'avoir jamais rien dit ni écrit de tel. D'ailleurs, cette pièce 
était pleine de faussetés et de honteux mensonges de toutes sortes. 

L'Evêque des Trois-Rivières demanda énergiquement par sept on huit fois 
une enquête juridique sur l'origine de cette odieuse pétition et sur son contenu. 
Toujours, ou le Commissaire Apostolique ou l'administration de la Propagande 
s'y sont refusés. Le clergé et les diocésains protestèrent hautement à leur tour, 
mais inutilement, contre ce document criminel qui, pour l'administration, sembla 
demeurer inviolable ainsi que ses auteurs. 

Les avertissements du Premier Ministre de la Province et des juges du Dis- 
trict des Trois-RLvières furent également sans résultats. 

Cependant le Commissaire Apostolique trouva sans enquête et par la seule 
inspection des lieux et des choses que cette division ne devait pas avoir lieu; 
et sa décision fut régulièrement promulguée dans toutes les églises du diocèse, 
à la grande joie de tous les diocésains. 

L'Archevêque de Québec ne craignit pas alors de prendre publiquement sous 
sa protection l'œuvre du faussaire. Il vint à Rome travailler à faire tomber la 
décision du Commissaire Apostolique lui-même, et à faire diviser, malgré l'Evê- 
que titulaire, le clergé et les diocésains, un diocèse dont il n'est pas chargé. 
Et, chose étonnante, la Propagande, qui avait éloigné et rebuté l'Evêque des 
Trois-Rivières dans sa propre cause, admit aussitôt et écouta l'Archevêque de 
Québec, au point de révoquer les pouvoirs du Commissaire Apostolique et d'an- 
nuler sa sentence. 

§ 2. Après la décision du Commissaire Apostolique. 

L'Evêque des Trois-Rivières renouvela immédiatement sa demande d'enquêto 
juridique, et sur sa propre cause et sur tout ce qu avait fait le Commissaire 
Apostolique. 

Sans tenir compte de cette demande si légitime et malgré une double pro- 
testation de l'Evêque, l'administration de la Propagande fit passer la question 
de la division du diocèse des Trois-Rivières à l'examen de la Congrégation Gé- 
nérale en l'absence du Commissaire Apostolique, et alors que l'Archevêque, 
abusant de sa haute dignité, s'efforçait à Rome de disposer les Cardinaux à la 



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division du diocèse. L'administration fit passer cette cause comme à la surprise, 
à l'ouverture de la vacance d'octobre, au moment où plusieurs Cardinaux étaient 
absents, où quatre nouveaux venaient d'être nommés pour remplacer des dé- 
funts, à l'insu du Procureur de l'Evêque, et sans la réunion ordinaire des Con- 
sulteurs de la S. C. réclamée par le Procureur. 

Le Procureur de l'Evêque des Trois-Rivières fut notifié le 13 septembre au 
soir pour l'audition de la cause au 30 du même mois. Il n'eut que le temps 
de faire un rapide exposé des faits de la cause, sans pouvoir traiter la question 
de droit. 

Tout en protestant contre cette procédure, qui le saisissait comme à la gorge, 
il put communiquer, 4 ou 5 jours seulement avant l'audition, les nombreux do- 
cuments de la cause aux Cardinaux dont plusieurs lui déclarèrent n'avoir pas le 
temps de parcourir un tel dossier. 

C'est ainsi que fut jugée avec précipitation, sans enquête, sous la pression 
de l'Archevêque de Québec, sans laisser à la partie seule directement intéressée 
et lésée le temps nécessaire à la défense, enfin, contre la décision régulière- 
ment promulguée du Commissaire Apostolique, Y importante cause du diocèse 
et de ÏEoêque des Trois-Rivières, dans le sens d'une division. 

§ 3. Après la décision de la Sacrée Congrégation. 

Le Préfet de la S. C. de la Propagande fit ensuite connaître au Procureur 
de l'Evêque des Trois-Rivières que le jugement de la S. C. était appuyé sur 
l'allégation suivante, savoir: « Que le diocèse des Trois-Rivières était grand 
« comme l'Irlande, et que pour cette raison il fallait le diviser ». 

Or, cette allégation était une fausseté monstrueuse, absolument contraire aux 
documents déjà fournis. 

Néanmoins, pour le démontrer d'une manière plus éclatante, le Procureur 
de l'Evêque présenta au Préfet et au Secrétaire de la S. C. des documents au- 
thentiques de l'autorité civile, le cadastre même du diocèse des Trois-Rivières 
et des deux diocèses voisins, ceux de Québec et de Montréal, avec le témoi- 
gnage des géomètres et autres officiers du gouvernement canadien. Ces preuves 
établissaient mathématiquement que la S. C. avait été trompée d'une manière 
révoltante sur l'étendue du territoire du diocèse des Trois-Rivières et sur sa 
valeur. 

La superficie de l'Irlande est estimée par les géographes à 33,000 milles 
carrés; celle du diocèse, mesura, est de 3,700 milles carrés dans sa partie ha- 
bitable, et de 8,160 milles avec la partie absolument inhabitable. C'est-à-dire que 
l'erreur sur l'étendue du territoire habitable était dans la proportion de 33 à 
3 1[2, et autant, sinon davantage, sur sa valeur même (Voir exposition du 
Dép. Com. des Terres). 

Les deux diocèses voisins, laissés intacts, présentent une superficie de terre 
habitable, d'après le cadastre, d'environ 12,000 milles carrés pour celui de Québec, 
et de 6,000 milles pour celui de Montréal. Ces chiffres établissent ainsi géomé- 
triquement l'évidence palpable de la persécution dirigée contre le diocèse des 
Trois-Rivières, qui, selon le projet de division, se trouverait réduit à 1,470 milles 



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carrés, dont le gros tiers et peut-être la moitié se compose de terres littérale- 
ment stériles. 

Cette démonstration écrasante fut inutile pour corriger l'erreur auprès de 
l'administration de la Propagande, laquelle parut n'en faire aucun cas, malgré 
les représentations de l'Evêque des Trois-Rivières et de son Procureur. Le Préfet 
ne voulut pas permettre d'appel. 

La S. C. de la Propagande avait décidé, comme il est dit ci-dessus, dans 
le sens d'une division: « Standum pro divisione ; » mais il avait été ajouté: 
« eam vero ad effectum non deducendam esse priusquam novus Commissarius 
« in Provinciam Canadensem mittatur ». 

La cause fut de la sorte réservée au Pape. 

Depuis longtemps, le Procureur de l'Evêque des Trois-Rivières, voyant que 
la régularité de la procédure était si peu observée dans sa cause, tenta à plu- 
sieurs reprises d'en avertir te Souverain-Pontife, soit par des lettres, soit par 
le moyen des audiences. Mais il n'eut jamais aucune nouvelle des lettres qu'il 
envoya par diverses voies, et il lui fut dit, chez le Maître de Chambre de Sa 
Sainteté, que la Propagande s'opposait à ce qu'il fût reçu par le Saint-Père. Il 
ne put, en effet, jamais obtenir d'audience de Sa Sainteté pour l'entretenir de 
ses affaires. 

§ 4. Procédés actuels. 

Pendant que le représentant de l'Evêque des Trois-Rivières était ainsi tenu 
à l'écart et que les portes du Vatican lui étaient fermées, Mgr D. Racine, Evêque 
de Chicoutimi, arriva à Rome, celui même qui avait présenté à la Propagande 
la fausse pétition susdite. Il venait demander au Saint-Siège ¥ exécution du 
funeste démembrement qui était la suite du faux, de cet acte criminel dont 
souffrait, par sa propre faute, le diocèse et l'Evêque des Trois-Rivières. Par les 
soins de la Propagande, il obtint plusieurs audiences de Sa Sainteté, desquelles 
sortit la nomination d'un nouveau Commissaire. 

Il semble que la cause étant réservée au Saint-Père, la justice exigeait que, 
dorénavant du moins, les persécutés eussent, comme les agresseurs, un égal 
accès auprès de Sa Sainteté, et que ces derniers répondissent un tant soit peu 
de leurs actes. La majesté du Souverain-Pontificat devait en faire, à notre avis, 
un devoir spécial à ceux qui en ont la garde. Il n'en fut rien. 

L'Evêque des Trois-Rivières, à qui toutes ces injustes attaques ont déjà coûté 
une somme d'au delà de 30,000 francs, et qui, par déférence, avait jusque-là 
laissé Mgr de Chicoutimi hors de cause, écrivit à Son Eminence le Préfet de la 
Propagande, le priant de demander à ce collègue, démesurément hostile, compte 
de sa conduite si gravement préjudiciable à ses droits et à ceux de son diocèse; 
il n'en reçut aucune réponse. 

Sa Grandeur se plaignit aussi des procédés de Mgr Racine dans une lettre 
adressée à son Procureur à Rome pour être transmise d'une manière certaine à 
Sa Sainteté Léon XIII. D'autres Evêques de la Province écrivirent de même au 
Pape pour soutenir les justes décisions du Commissaire Apostolique, Mgr H. 
Smuëlders. 

Le Procureur de l'Evêque des Trois-Rivières, porteur de toutes ces lettres, 



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sollicita et attendit en vain pendant environ un mois et demi que Son Eminence 
le Préfet remît personnellement ces importants documents à Sa Sainteté. Son 
Eminence l'avait promis d'abord, mais à la fin Elle s'y refusa. Le Procureur 
demanda encore une audience de Sa Sainteté, et au Préfet et au Secrétaire de 
la Propagande. Celui-ci, le 18 avril, promit également une audience; mais elle 
ne vint pas. 

Le Procureur est toujours en possession des graves documents susdits dont 
il ne peut se départir, dans les circonstances présentes, qu'auprès du Saint-Père 
lui-même. Il en a donné avis à Sa Sainteté dans des lettres recommandées à 
la poste sous trois plis, et avec réserve expresse à Sa Sainteté même; n'ayant 
obtenu aucun signe de réception, il a lieu de croire qu'elles ne sont pas par- 
venues. 

C'est ainsi que les expositions de Mgr D. Racine, faites à Sa Sainteté, se 
sont trouvées sans contrôle et sans contradictions de la part des Evêques du 
Canada, de l'Evèque des Trois-Rivières et de son Procureur. 

N'y a t-il pas lieu de gémir et de se lamenter grandement de ce que les re- 
lations nécessaires entre les Evêques et le Pape se soient ainsi trouvées gênées, 
et l'équité si peu conservée dans une lutte entre un Evêque titulaire pour son 
diocèse et des Evêques étrangers? 

Pendant ce temps-là, eut lieu la nomination d'un nouveau Commissaire, choisi 
parmi les Evêques du Canada réputés amis de l'Archevêque de Québec, chargé 
non de faire Y enquête demandée si instamment sur la question du diocèse des 
Trois-Rivières, mais de poser les bases d'un démembrement. Cette nomination 
a été faite à la connaissance immédiate de l'Evèque de Chicoutimi qui a paru 
ne pas ignorer même les instructions du Commissaire, mais hors de la con- 
naissance du Procureur de l'Evèque des Trois-Rivières, chargé de défendre le 
diocèse. 

La communication de cet acte, fait le 19 Avril, n'a été transmise à celui-ci 
par Son Excellence le Secrétaire de la S. C. que le 1 er Mai courant, alors que 
les lettres de la nouvelle commission étaient à peu près parvenues au Commis- 
saire, l'Evèque d'Arichat, à la Nouvelle-Ecosse. 

La conséquence très-grave de ce fait est que l'Evèque des Trois-Rivières 
aura été surpris par l'arrivée du nouveau Commissaire, et n'aura pas eu le 
temps, non plus que le clergé et le peuple, de préparer devant celui-ci une dé- 
fense de ses droits, pendant que ses adversaires étaient, depuis 15 jours, avertis 
de tout. 

La surprise dans le diocèse aura été d'autant plus grande, que le Préfet de 
la Propagande avait écrit à l'Evèque des Trois-Rivières, après la décision du 
5 octobre dernier, pour recommander le silence aux journaux sur la question 
de la division du diocèse; de sorte que le clergé et les fidèles, si gravement 
intéressés dans cette affaire, n'ont pas songé à protéger leurs intérêts et sont 
demeurés sans défiance sur la parole de leur Evêque vénéré et de la Propa- 
gande. 

Maintenant, n'est il pas croyable que si le Procureur de l'Evèque s'est vu fer- 
mer l'accès au Vatican et cacher la nomination du Commissaire à la porte de 
la Propagande, pendant que la procédure avançait rapidement, c'était, dans le 
plan des adversaires, afin que l'Evèque des Trois-Rivières, une nouvelle fois 



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circonvenu, succombât définitivement sous le coup d'un Décret de division rendu 
sans obstacles? 

Il est notoire que si les voies ont été fermées à l'Evêque des Trois-Rivières 
pour sa défense, elles ont été ouvertes pour ceux qui ont voulu l'attaquer. 

Alors que les choses les plus nécessaires à la réfutation des attaques lui 
étaient refusées, les adversaires ont connu des secrets intimes de l'adminis- 
tration. 

De même les procédés injustes ou blâmables de ceux-ci n'ont subi aucune 
répression, pendant qu'on a imputé à blâme à l'Evêque ce qui était entrepris 
pour sa protection légitime. 

Par exemple, rien n'a été fait contre le faussaire qui a fabriqué la pétition 
criminelle, ni contre l'Evêque qui l'a présentée et soutenue après en avoir connu 
le vice, ni contre ceux qui l'ont appuyée par de faux renseignements. 

On sait qu'il est interdit, sous les peines les plus sévères, ^altérer on de 
falsifier les décrets pontificaux. L'Archevêque de Québec a publié sur les jour- 
naux la moitié du Décret du mois d'octobre dernier sur la question du diocèse 
des Trois-Riviêres : Standum pro divisione; il a omis le reste qui modifiait to- 
talement cette décision, et a causé par là une commotion de nature à troubler 
profondément le diocèse des Trois-Rivières; il n'a reçu aucun avertissement. Et 
lorsque l'Evêque des Trois-Rivières, pour rétablir la vérité et la paix, commu- 
niqua à son troupeau les documents in extenso avec un heureux résultat, on 
en fit un grave sujet de reproches. 

La presse libérale du pays a pu librement maltraiter l'Evêque et le diocèse 
des Trois-Rivières, et surtout insulter indignement le Commissaire Apostolique, 
Mgr Smuëlders, pendant que la presse catholique était gênée dans la défense. 

De même, lorsque le Procureur voulut faire connaître la vraie raison de 
la grande persécution soulevée contre le digne Evêque des Trois-Rivières, celle- 
là même que les ennemis de la religion donnent de leur propre bouche,, savoir: 
sa résistance au libéralisme et à la franc-maçonnerie, il a été réputé répandre 
une calomnie. Il n'arrive que trop cependant que les hommes qui devraient 
travailler pour la cause du bien, le font, on ne sait comment, au profit des 
adversaires. Mais il sembla qu'il n'était plus permis, pour protéger l'Evêque des 
Trois-Rivières, d'oser signaler au St-Siège la profondeur de la plaie qui dévore 
notre pays. 

Telle est, en substance, Eminence, la manière dont ont été traités par des 
adversaires acharnés et par l'administration de la Propagande l'Evêque des 
Trois-Rivières et sa cause. Les faits qui viennent d'être exposés peuvent être 
prouvés ou par témoignages ou par documents. 

Autant donc la division du diocèse paraît injuste et désastreuse, autant la 
procédure employée pour y arriver a été irrégulière et déplorable. 

CONCLUSIONS. 

Eh bien ! Eminence, est-ce que tout cela est une véritable application de la 
justice envers 1 Evêque et le diocèse des Trois-Rivières, après la plus injuste 
et la plus violente des persécutions? Est-ce qu'il est possible de retrouver dans 



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cette procédure de la Propagande l'équité et la modération ordinaire du St-Siège? 
L'Evêque et le diocèse ne paraissent-ils pas de véritables victimes? 

La plupart des faits qui concernent cette question de diocèse sont publics 
ou le deviendront par leur nature. Quel scandale ils causeront au Canada, dans 
ce pays où la foi est si naïve et la confiance dans le clergé si entière! Le 
peuple restera convaincu que d'énormes erreurs se commettent à Rome dans 
l'administration des affaires de l'Eglise, et que le recours au SH-Siège est devenu 
désormais ruineux et impossible. Qui à l'avenir osera apporter à Rome une 
cause de la même nature? 

Jusqu'à présent, le peuple canadien s'expliquait les étranges irrégularités 
et les erreurs véritables, observées depuis longtemps déjà dans l'administration 
de la Propagande, par l'éloignement des lieux et la difficulté de connaître les 
choses. Mais aujourd'hui que tant d'explications et de documents ont été donnés, 
aujourd'hui qu'un Commissaire est allé sur les lieux et a fait ses rapports au 
St-Siège, comment des erreurs si extraordinaires peuvent-elles encore exister? 
Où trouver des explications et des excuses ? Comment pallier les scandales qui 
vont remplir le pays de leur retentissement et révolter la masse de la popu- 
lation honnête? Le bruit s'en répandra dans toute l'Amérique du Nord et jus- 
qu'en Europe, à l'humiliation de l'ordre ecclésiastique. Cette assertion n'a rien 
d'exagéré. 

La situation est certainement terrible, et un immense désastre est immi- 
nent pour notre sainte religion au Canada. 

Ce n'est pas seulement un Evêque, ni même un diocèse qui vont être brisés; 
c'est la confiance du peuple dans le Saint-Siège, cette base fondamentale de 
l'administration ecclésiastique, et la foi elle-même qui vont être profondé- 
ment ÉBRANLÉES, SÙlOn RENVERSÉES. 

Cette situation rappelle un mot qui a été prononcé, il y a deux ans, par 
une personne très-distinguée, et dont on entrevoit déjà l'effroyable accomplisse- 
ment ; ce mot, le voici : « Ceux qui dirigent la présente lutte au Canada travail- 
« lent à pousser le Saint-Siège à faire des actes tellement odieux et injustes 
« qu'ils éloignent de Rome le cœur de la nation, et l'inclinent de cette façon 
« au schisme ou à l'indifférence pratique. » 

Ah! il est bien certain que le Saint-Père est mal informé à notre égard, 
et que dans son cœur il désire sincèrement la justice. Il est non moins proba- 
ble que des personnes, trompées elles-mêmes et qui approchent de lui, abusent 
de sa confiance en l'excitant contre nous; mais cela ne fera pas comprendre 
comment des défenseurs du droit ont tant de difficulté à se faire entendre à 
Rome, ni comment de saintes causes menacent d'y périr ! 

Serait-il donc possible que, rendu de si loin au tombeau du Chef des Apô- 
tres, on ne pût faire parvenir à l'oreille du Vicaire de Jésus-Christ les plaintes 
d'une Eglise fidèle et désolée!! 

Dans une si lamentable situation, que puis-je faire, sinon m'adresser aux 
Princes de l'Eglise, à ceux que la divine Providence a placés autour de la 
Chaire de Saint-Pierre pour la protéger contre les embûches de l'ennemi? Il ne 
me reste que ce dernier espoir humain, auquel je m'attache de tout cœur. 

Puisque donc je ne puis approcher du Saint-Père, ni lui faire arriver aucun 
document, et que je suis cependant chargé de défendre les droits d'un Evêque 



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et les intérêts d'une si grande quantité d'âmes maltraitées par d'autres pasteurs, 
je vous prie, Eminence, de me venir en aide dans votre charité, et au plus 
tôt. Dans quelques semaines, même dans quelques jours peut-être il sera trop 
tard. Il est visible qu'aussitôt le rapport du nouveau Commissaire arrivé, lequel 
ne paraît devoir être qu'une forme d'exécution, on s'efforcera de faire sortir le 
Décret de division sans retard. L'événement est déjà annoncé. N'est-il pas per- 
mis de craindre que je ne sois tenu si loin du Saint-Père qu'afin que mes sup- 
plications ne lui arrivent qu 'après que tout sera consommé ? 

Je vous supplie donc, Eminence, vous qui approchez du Pape, je vous sup- 
plie au nom de Notre-Seigneur J. C. et de la Sainte -Eglise, notre Mère, au nom 
de mon vénérable Evêque et de son troupeau, de faire connaître à Sa Sainteté 
tout ce que je viens de dire, et qui n'est que l'exacte vérité. 

Je vous supplie de l'engager à ramener notre cause à la considération de 
la Congrégation Générale, ou de quelque Commission spéciale, afin que les 
Eminentissimes Cardinaux en fassent un nouveau et sérieux examen, de même 
que de la conduite de nos adversaires, examen qui ne pourra manquer d'être 
la justification des conclusions du précédent Commissaire. 

Si Sa Sainteté veut prêter, comme j'en ai la grande confiance, attention à 
vos paroles, avant de procéder davantage, vous aurez, Eminence, grandement 
contribué à sauver notre diocèse de la destruction, notre pays d'un grand mal- 
heur, et d'une ombre bien triste l'honneur du Saint Siège et la glorieuse mé- 
moire de Notre Très Saint-Père le Pape Léon XIII. 

Que le Seigneur veuille vous aider de sa sainte grâce. 

Daignez agréer, Eminence, mes plus profonds respects et toute ma recon- 
naissance. 



J'ai l'honneur d'être 



de Votre Eminence 
le très-humble et obéissant serviteur. 



Kome, 14 Mai 1885. 



Rome 1885 — Imprimerie Editrice Romana.